Français expatrié au Portugal : organiser votre succession entre la France et le Portugal
En bref : Un Français expatrié Portugal succession bénéficie d'un cadre fiscal portugais étonnamment léger (pas de droits de succession entre époux et descendants directs — seul l'Imposto do Selo à 10 % s'applique aux autres héritiers), mais la fiscalité française continue de s'appliquer aux biens situés en France. La fin progressive du régime RNH (Residente Não Habitual) et l'absence de convention fiscale spécifique aux successions France-Portugal créent des zones grises à anticiper. Ce guide vous donne le cadre.
Vous avez choisi le Portugal pour la qualité de vie, l'Algarve, Lisbonne, Cascais, Porto — et peut-être aussi pour les avantages fiscaux du régime RNH. Vous y vivez depuis quelques années avec un patrimoine mixte : maison au Portugal, parfois conservation d'un bien en France, comptes bancaires des deux côtés, peut-être des actifs financiers. Vos enfants vivent peut-être encore en France, ou ailleurs en Europe.
Quand le moment de penser à la succession arrive, le Portugal offre une simplicité fiscale très favorable — mais le passage entre les deux administrations reste à organiser.
Pourquoi la succession portugaise est plus simple — mais cache des pièges
Pas de droits de succession entre époux et descendants directs
C'est la spécificité majeure du droit portugais : depuis 2004, le Portugal a supprimé l'Imposto sucessório (impôt sur les successions) entre conjoints et descendants directs (enfants, petits-enfants).
Pour les autres héritiers (frères/sœurs, neveux, amis, tiers), c'est l'Imposto do Selo qui s'applique : un impôt de timbre fixe à 10 % de la valeur transmise (Código do Imposto do Selo, verba 1.2 de la Tabela Geral do Imposto do Selo).
Conséquence concrète : un Français qui décède résident au Portugal et qui transmet à son conjoint et à ses enfants ne génère aucune fiscalité successorale au Portugal. C'est massivement plus favorable que le barème français.
La fiscalité française continue de s'appliquer à vos biens en France
Attention à l'illusion : le fait que le Portugal ne taxe pas votre succession n'enlève rien à la fiscalité française sur les biens situés en France.
L'article 750 ter du CGI prévoit que la France taxe :
- L'ensemble du patrimoine mondial du défunt s'il était résident fiscal français au décès
- Uniquement les biens situés en France s'il était non-résident (cas typique du Français au Portugal)
Donc si vous décédez résident au Portugal en laissant un appartement à Paris, des comptes en France, ou une assurance-vie française, la France taxera ces éléments selon son barème (jusqu'à 45 % au-delà de 1,8 M€ entre parents et enfants après abattement de 100 000 €).
Le statut RNH et la fin du régime — impact successoral
Le régime du Residente Não Habitual (RNH), lancé en 2009 et réformé en 2024, offrait pendant 10 ans :
- Une exonération sur les pensions étrangères (puis taxation à 10 % à partir de 2020)
- Un taux fixe de 20 % sur les revenus d'activité de hautes qualifications
- Une exonération sur de nombreux revenus passifs étrangers
Ce régime a été supprimé pour les nouveaux arrivants à partir du 1er janvier 2024 (avec dispositions transitoires). Les bénéficiaires existants conservent leur régime jusqu'à la fin de leur période de 10 ans.
Impact sur la succession : le RNH ne couvre que la fiscalité de vos revenus de votre vivant. Il n'a aucun impact sur les droits de succession. La fin du régime ne change donc pas votre situation successorale au Portugal — qui reste favorable indépendamment du RNH.
En revanche, pour vos héritiers qui vivraient au Portugal, la fin du RNH peut influencer la décision de :
- Conserver un bien hérité en France (et donc payer la fiscalité française) vs vendre rapidement
- Maintenir un patrimoine français ou tout consolider au Portugal
Règlement UE 650/2012 — lois applicables
Dernière résidence habituelle Portugal
Le Portugal applique pleinement le Règlement UE 650/2012. Si vous résidez habituellement au Portugal au moment du décès, l'ensemble de votre succession est régi par la loi portugaise (article 21 du règlement).
Conséquences :
- Le régime de la légitime portugaise s'applique (réserve héréditaire des descendants et du conjoint, prévue aux articles 2156 et suivants du Código Civil portugais)
- Le conjoint survivant bénéficie d'un statut protecteur fort au Portugal — souvent meilleur qu'en Espagne
- L'ordem da sucessão legítima suit le Code civil portugais
Pour beaucoup de Français au Portugal, la loi portugaise n'est pas défavorable — elle protège bien le conjoint et les enfants, et la fiscalité quasi-nulle compense les éventuelles différences de quotité disponible.
Choix de la loi française par testament (professio juris)
Comme pour l'Espagne, l'article 22 du règlement vous permet d'opter pour la loi française comme loi applicable à votre succession. Cette option doit être formulée explicitement dans un testament (français ou portugais) :
"Je désigne expressément la loi française comme loi applicable à l'ensemble de ma succession, conformément à l'article 22 du Règlement UE n° 650/2012, en raison de ma nationalité française."
Quand cette option est-elle utile au Portugal ?
- Si vous voulez préserver la réserve héréditaire française au profit de vos enfants français
- Si vous avez des structures patrimoniales françaises spécifiques (assurance-vie, démembrement, donation entre époux)
- Si la majorité de vos héritiers vivent en France et préfèrent un régime qu'ils connaissent
Quand est-elle moins pertinente ?
- Si votre conjoint est portugais ou résident portugais et que la légitime locale lui est plus favorable
- Si vous voulez la simplicité d'un système unique
Faut-il un testamento portugais en plus du testament français ?
Le testamento portugais peut être :
- Público : signé devant notaire (le plus courant)
- Cerrado : rédigé seul puis remis sous enveloppe scellée à un notaire
- Ou un testament international au sens de la Convention de Washington 1973
Avantages d'un testamento portugais :
- Reconnaissance immédiate par les notaires portugais
- Inscription au Registo Central de Testamentos (Lisbonne)
- Procédure de succession au Portugal accélérée (gain de 3-6 mois)
- Plus grande sécurité juridique pour les biens portugais
Coût typique : 100 à 300 € chez un notário portugais.
Recommandation pratique : si vous avez plus de 50 % de votre patrimoine au Portugal, un testamento portugais est très conseillé. S'il s'agit uniquement d'un patrimoine immobilier modéré, un testament français bien rédigé avec professio juris peut suffire — à valider avec un notário.
Convention fiscale France-Portugal du 14 janvier 1971 — ce qu'elle dit
La convention fiscale France-Portugal du 14 janvier 1971 (modifiée par avenants successifs, notamment 2017) couvre l'impôt sur le revenu et l'impôt sur la fortune. Elle ne couvre pas spécifiquement les droits de succession.
Cela signifie que pour les successions cross-border France-Portugal, il n'existe pas de convention bilatérale dédiée. Le risque de double imposition existe en théorie, mais il est limité en pratique par :
- L'absence de droits de succession au Portugal pour conjoint et descendants directs
- Le mécanisme de crédit d'impôt unilatéral français (CGI art. 784 A) pour les rares cas où le Portugal taxe (Imposto do Selo sur héritiers non directs)
Conclusion fiscale pratique : pour une transmission classique parents → conjoint et enfants, la fiscalité totale est essentiellement française (sur les biens en France) et nulle au Portugal. Pour une transmission à des héritiers non directs, l'Imposto do Selo 10 % au Portugal s'ajoute aux droits français — risque de double imposition à anticiper.
Cas pratique : Catherine, 68 ans, retraitée à Faro
Catherine, 68 ans, ancienne professeure, retraitée à Faro depuis 2018 (Algarve). Veuve depuis 2021. Patrimoine :
- Maison à Faro (achetée en 2018, valeur 380 000 €)
- Appartement à Toulouse conservé après le départ (valeur 240 000 €, loué)
- Assurance-vie française (95 000 €, bénéficiaires : ses 2 enfants)
- Comptes bancaires France + Portugal
- Petit portefeuille actions (50 000 €) en France
Deux enfants : un fils à Toulouse, une fille à Bordeaux.
Sans planification :
- Loi applicable : portugaise (résidence habituelle Faro)
- Légitime portugaise applicable : enfants protégés, mais quotité disponible plus large qu'en France
- Fiscalité Portugal : 0 € (transmission directe aux enfants)
- Fiscalité France : taxation appartement de Toulouse + comptes bancaires français + assurance-vie selon barèmes français (abattement 100 000 €/enfant + abattement assurance-vie 152 500 €/bénéficiaire)
- Total fiscal estimé : ~15 000-25 000 € en France selon partage entre les enfants
Avec planification (recommandation) :
- Testamento portugais signé chez notário à Faro, avec professio juris pour la loi française si elle préfère cette protection (à arbitrer avec notaire)
- Testament français cohérent enregistré au Fichier central des dispositions de dernières volontés
- Désignation claire des bénéficiaires de l'assurance-vie
- Centralisation dans Sucesio des contacts (notaire français, notário portugais, banques, gestionnaire locataire), des documents de propriété, des accès aux comptes
- Lettres personnelles pour ses enfants (legacy non-légal)
Résultat : succession qui se règle en 6-9 mois, avec zéro improvisation des héritiers.
Comment Sucesio centralise tout (notaire FR, advogado PT, comptes des deux pays)
Vos testaments — français et portugais — règlent qui hérite. Mais quand vos enfants en France apprennent votre décès au Portugal, ils ont besoin de réponses immédiates :
- À qui téléphoner en premier ? (notário portugais ? notaire français ?)
- Où sont les documents ? (titre de propriété maison de Faro, contrat de location Toulouse, contrats d'assurance-vie)
- Quelles banques contacter ? Quels numéros de compte ?
- Y a-t-il des engagements en cours ? (prêt, abonnements, factures)
- Existe-t-il des actifs numériques ? (compte Amazon, photos cloud, comptes mail)
- Y a-t-il un message qu'elle leur a laissé ?
Sucesio centralise toutes ces informations dans un coffre numérique chiffré AES-256, hébergé en Europe, conforme RGPD. Activation via protocole en plusieurs étapes après vérification officielle du décès. Vos héritiers reçoivent l'accès structuré à toutes les informations utiles, immédiatement, dans la langue de leur choix.
Voir comment Sucesio organise votre succession franco-portugaise → https://sucesio.io
FAQ — Français expatrié au Portugal et succession
Q : Le RNH protège-t-il mes héritiers de la fiscalité française ? R : Non. Le RNH concerne uniquement votre fiscalité de votre vivant (revenus). La fiscalité successorale française continue de s'appliquer à vos biens situés en France selon l'article 750 ter du CGI, indépendamment de votre statut RNH au Portugal.
Q : Mes enfants en France paieront-ils des droits au Portugal sur mon héritage ? R : Non, pour les transmissions parents → enfants au Portugal, il n'y a aucun droit de succession ni Imposto do Selo. Seule la France taxera, et uniquement sur les biens situés en France.
Q : Puis-je faire une donation de mon vivant à mes enfants tant que je suis au Portugal ? R : Oui. La donation depuis le Portugal vers des enfants en France suit la fiscalité française pour les biens situés en France et la fiscalité portugaise (Imposto do Selo 10 % entre non directs uniquement) pour les autres. Schéma à étudier avec un fiscaliste cross-border.
Q : Mon testament français doit-il mentionner le Portugal pour être valable là-bas ? R : Non, mais il doit être traduit et apostillé pour être reconnu par un notário portugais. Un testamento portugais coordonné simplifie considérablement la procédure au Portugal.
Q : La maison à Faro doit-elle obligatoirement aller à mes enfants ? R : Selon la loi portugaise (par défaut), 2/3 du patrimoine global est réservé aux héritiers légitimaires (conjoint + descendants). Le 1/3 restant est librement disposé. Avec professio juris pour la loi française, les règles françaises de réserve héréditaire s'appliquent (1/2 pour 1 enfant, 2/3 pour 2 enfants, 3/4 à partir de 3).
Q : Sucesio est-il compatible avec la conformité RGPD portugaise ? R : Oui. Sucesio est hébergé en Europe (UE), chiffrement AES-256 au repos et en transit, conforme RGPD pour les données personnelles. Le Portugal applique le RGPD comme tout État membre, sans surcouche locale incompatible.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. La succession franco-portugaise nécessite l'intervention de professionnels qualifiés (notaire FR, notário PT, advogado, fiscaliste cross-border). Sucesio.io complète cette planification sans la remplacer.
Sources et références :
- Règlement (UE) n° 650/2012 — articles 21 et 22
- Convention fiscale France-Portugal du 14 janvier 1971 (et avenants)
- Código Civil portugais, articles 2156 et suivants (sucessão legítima)
- Código do Imposto do Selo, verba 1.2 da Tabela Geral
- Ordem dos Notários portugais — notarios.pt
- Portal das Finanças (Portugal) — portaldasfinancas.gov.pt
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