← Retour au site

Transmettre vos crypto et actifs numériques depuis la France quand votre famille est expatriée

En bref : La transmission crypto France expatriés se heurte à un mur : sans accès aux clés privées, vos crypto sont mathématiquement perdues au décès. Ce problème s'aggrave quand vos héritiers vivent à l'étranger : double juridiction fiscale, exchanges souvent non conformes UE, procédures de succession qui prennent 12-24 mois. Ce guide vous donne le cadre légal français et le scénario opérationnel.

Vous détenez des crypto-monnaies en France. Bitcoin, Ethereum, peut-être quelques altcoins, des stablecoins, du staking. Le portefeuille a pris de la valeur. Vous y pensez en termes d'investissement — mais avez-vous pensé à ce qui se passera si vous décédez ?

Si vous laissez à votre conjoint ou à vos enfants un appartement, ils pourront le retrouver sans vous. S'ils héritent d'un compte bancaire, la banque le leur remettra (lentement, mais elle le fera). S'ils héritent de vos crypto sur un Ledger ou un MetaMask sans connaître la seed phrase ? Les fonds sont perdus, irrécupérables, à jamais.

Ce problème devient critique quand vos héritiers sont expatriés. Ils découvrent depuis Madrid ou Berlin que :

  • Vous aviez des crypto, mais pas où elles sont
  • L'exchange (Binance, Coinbase, Kraken) a une procédure de succession lente et compliquée pour les non-résidents
  • Le fisc français peut taxer même si les crypto ne sont jamais récupérées
  • Ils ne savent pas s'il y a une seed phrase quelque part — et ne peuvent pas la chercher à distance

Le problème : des crypto perdues au décès faute d'accès

Le problème est mathématique : sans seed phrase, sans clé privée, l'accès est impossible. Aucune autorité, aucun tribunal, aucun notaire ne peut récupérer des crypto sans la clé. Bitcoin n'a pas de "service client de récupération de mot de passe oublié".

Le cadre fiscal français pour la transmission de crypto

Article 150 VH bis CGI et déclaration succession

Depuis 2019 (Loi PACTE), les actifs numériques sont expressément intégrés au régime fiscal français des successions. L'article 150 VH bis du Code général des impôts définit les actifs numériques (incluant les cryptomonnaies, les NFT à certaines conditions, les jetons utilitaires).

Au décès, les crypto sont incluses dans l'actif successoral du défunt. Conséquence concrète :

  • L'héritier doit déclarer leur valeur dans la déclaration de succession (formulaire n° 2705)
  • Cette valeur est soumise aux droits de succession au même titre que les autres actifs (barèmes des articles 777 et suivants du CGI)
  • Le délai de déclaration reste de 6 mois (12 mois si décès à l'étranger)

Évaluation au cours du jour du décès

La valeur retenue est celle des crypto au jour du décès, calculée sur le cours de référence d'une plateforme reconnue (CoinGecko, CoinMarketCap, ou cours d'un exchange régulé). En pratique, le notaire demande à l'héritier une attestation de valorisation au jour J.

Piège fiscal majeur : la fiscalité française s'applique même si les crypto sont inaccessibles aux héritiers. Si vous laissez 200 000 € de Bitcoin sur un Ledger dont la seed phrase est perdue, vos héritiers doivent les déclarer et payer les droits de succession dessus — sans pouvoir les récupérer. Le risque est de payer 30 000-90 000 € de droits sur des actifs fantômes.

L'administration accepte parfois (rarement) une déclaration de "perte" avec preuve, mais l'instruction fiscale reste très restrictive.

Cold wallet, hot wallet, exchange — 3 logiques d'accès différentes

Avant toute organisation, il faut comprendre où sont vos crypto. Trois grandes catégories, chacune avec sa logique de transmission propre.

Ledger / Trezor : seed phrase = unique clé

Les hardware wallets (Ledger Nano, Trezor, Coldcard, BitBox02) sont les solutions les plus sécurisées du vivant. Les fonds sont on-chain, contrôlés par une seed phrase de 12, 18 ou 24 mots générée par l'appareil.

Conséquence successorale : sans la seed phrase, l'appareil est inutile. Si l'appareil est cassé, perdu, ou simplement éteint sans la seed, les fonds sont irrécupérables. La seed phrase est l'unique chemin d'accès — votre transmission tient entièrement à la transmission sécurisée de cette information.

Binance / Coinbase / Kraken : procédure de succession (lente)

Les exchanges centralisés (CEX) régulés appliquent des procédures formelles de succession. En théorie, vos héritiers peuvent récupérer les fonds en fournissant :

  • Acte de décès
  • Acte de notoriété ou Certificat Successoral Européen
  • Justificatifs d'identité des héritiers
  • Souvent un formulaire spécifique de la plateforme

Délais réels observés :

  • Coinbase : 4-8 mois en moyenne
  • Binance : 6-12 mois (plus si héritiers non-EEA)
  • Kraken : 4-9 mois
  • Plateformes plus petites : 6-18 mois ou jamais

Coût : 0 à 200 € en frais administratifs selon la plateforme.

Piège pour héritiers expatriés : certaines plateformes refusent de transmettre vers des comptes bancaires hors zone SEPA, ou exigent une procédure KYC complète des héritiers (avec documents souvent non standards pour des résidents non-européens). Anticiper la liste des plateformes utilisées et leurs procédures est essentiel.

MetaMask et wallets logiciels

Les wallets logiciels (MetaMask, Phantom, Rabby, Trust Wallet) fonctionnent comme les hardware wallets : seed phrase = unique clé. Sans seed, pas d'accès.

Particularité : la seed est souvent stockée dans le navigateur ou l'application mobile du défunt. Si l'appareil est verrouillé (mot de passe Windows, Face ID iPhone), l'accès est complexe — il faut soit déverrouiller l'appareil, soit retrouver la seed sauvegardée ailleurs (papier, gestionnaire de mots de passe, coffre).

Pourquoi un testament seul ne suffit JAMAIS pour la crypto

Vous pourriez être tenté d'écrire dans votre testament : "Je lègue mes 5 Bitcoin sur Ledger à mon fils Pierre." Cette phrase est juridiquement valide, mais opérationnellement inutile. Trois raisons :

  1. Le testament ne contient PAS la seed phrase (et ne devrait jamais la contenir — un testament est lu publiquement chez le notaire et peut transiter par plusieurs mains)
  2. Le testament ne dit PAS où trouver le Ledger (tiroir ? coffre-fort ? caché chez un proche ?)
  3. Le testament ne dit PAS ce qu'il faut faire avec (vendre immédiatement ? holder ? envoyer sur quel compte ?)

Le testament règle la dévolution (qui hérite de quoi). Il ne règle pas l'accès opérationnel. Pour les crypto, c'est l'accès qui est tout.

Le risque de l'expatriation des héritiers

Vos crypto sont en France. Vos héritiers vivent ailleurs. Trois cas typiques.

Conjoint en Espagne : impôt successions selon communauté

Votre épouse vit avec vous en France ou est partie en Espagne. À votre décès :

  • France taxe les crypto (résidence du défunt en France, actif successoral 150 VH bis)
  • Si l'épouse réside en Espagne et hérite, l'Espagne peut taxer aussi selon la communauté autonome (Madrid : abattement quasi-total, Valencia : taxation lourde)
  • Pas de convention France-Espagne sur successions → risque double imposition selon situation

Enfants au Portugal : Imposto do Selo

Vos enfants se sont installés à Lisbonne ou en Algarve. Au Portugal :

  • Pas d'Imposto do Selo entre parents et descendants directs (transmission gratuite côté Portugal)
  • France taxe selon le barème (jusqu'à 45 % au-delà de 1,8 M€ entre parents et enfants après abattement de 100 000 €/enfant)
  • Donc taxation française classique, pas de double imposition
  • Mais vos enfants devront déclarer la détention et la valeur des crypto au Portugal selon les règles de leur résidence

Héritier US : risque IRS si valeur dépasse seuil

Si l'un de vos héritiers est résident fiscal américain (US person, green card holder, citoyen US) :

  • Convention France-USA 1978 sur successions s'applique
  • IRS peut imposer si certaines conditions remplies
  • Reporting FBAR / FATCA obligatoire pour l'héritier US sur les comptes étrangers (y compris crypto sur exchanges hors US)
  • Sanctions lourdes en cas de non-déclaration (jusqu'à 50 % du compte non déclaré par an)

Cas qui demande impérativement un fiscaliste cross-border France-USA spécialisé.

Plan d'action en 3 étapes

  1. Inventaire complet de vos actifs numériques : exchanges utilisés, hardware wallets, wallets logiciels, NFT, comptes de staking, valeurs approximatives
  2. Sécurisez physiquement vos seed phrases : plaque acier (CryptoSteel, Billfodl), répartition en 2-3 lieux, jamais en cloud non chiffré
  3. Faites valider la cohérence par un fiscaliste cross-border si vos héritiers sont à l'étranger ou si la valeur dépasse 100 000 €

FAQ — Transmission crypto France et héritiers expatriés

Q : Mes héritiers paieront-ils des droits de succession sur des crypto qu'ils ne peuvent pas récupérer ? R : En principe oui, l'administration fiscale française considère les crypto comme un actif successoral à valoriser au jour du décès, indépendamment de la capacité des héritiers à y accéder. Une déclaration de perte avec preuve peut être tentée mais reste très restrictivement acceptée par l'administration.

Q : Que se passe-t-il pour mes crypto sur Binance si mes héritiers vivent au Portugal ? R : Ils devront ouvrir une procédure de succession auprès de Binance avec acte de décès, acte de notoriété ou CSE, et justificatifs d'identité. Délai 6-12 mois.

Q : Le Certificat Successoral Européen accélère-t-il la récupération sur les exchanges ? R : Oui, dans la plupart des cas, le CSE est accepté par les exchanges régulés (Binance, Coinbase, Kraken, Bitpanda) comme preuve unique de qualité d'héritier dans tous les États membres. Demandez explicitement à votre notaire de le délivrer.

Q : Faut-il déclarer la détention de crypto à l'administration fiscale française de son vivant ? R : Oui. Tout résident fiscal français doit déclarer ses comptes d'actifs numériques détenus à l'étranger (formulaire n° 3916 bis depuis 2020), sous peine de sanctions. Cette obligation existe indépendamment de la succession.

Q : Mes NFT et tokens utilitaires sont-ils traités comme des cryptos en succession ? R : Oui, l'article 150 VH bis CGI couvre l'ensemble des actifs numériques (cryptomonnaies, NFT, tokens utilitaires) selon une définition large. Tous entrent dans l'actif successoral.


Cet article est fourni à titre informatif uniquement. La transmission d'actifs numériques cross-border nécessite l'accompagnement d'un notaire, d'un fiscaliste spécialisé crypto et cross-border, et d'une plateforme de coordination opérationnelle.

Sources et références :

  • Code général des impôts français, article 150 VH bis (loi PACTE 2019)
  • BOFiP-Impôts BOI-RPPM-PVBMC-30 — actifs numériques
  • Convention fiscale France-USA du 24 novembre 1978 sur les successions
  • Procédures de succession Binance, Coinbase, Kraken (pages support officielles)

Articles liés :

Être prévenu de l'ouverture de Sucesio

Politique de confidentialité