Français expatrié en Espagne : comment organiser votre succession entre les deux pays
En bref : Un Français expatrié Espagne succession est rarement régi par la seule loi française. Le Règlement UE 650/2012 fait basculer par défaut votre succession sous le droit espagnol, sauf si vous optez explicitement pour la loi française par testament (professio juris). Côté fiscal, l'absence de convention bilatérale dédiée aux successions entre la France et l'Espagne crée un risque réel de double imposition. Ce guide vous explique comment structurer votre succession entre les deux pays sans laisser vos proches improviser.
Vous avez quitté la France il y a 5, 10, 20 ans pour l'Espagne. Vous avez une vie installée à Madrid, Barcelone, Marbella ou Valencia. Vos enfants sont parfois restés en France, ou ont eux-mêmes émigré ailleurs en Europe. Votre patrimoine est partagé : peut-être un appartement à Paris ou en province conservé après le départ, une assurance-vie française, des comptes bancaires français, et de l'autre côté votre résidence principale en Espagne, vos comptes locaux, peut-être une activité professionnelle.
À votre décès, deux administrations, deux systèmes juridiques, deux fiscalités vont se croiser. Ce guide vous donne le cadre pour anticiper et organiser proprement.
La résidence fiscale espagnole et son impact successoral
Avant toute chose, votre statut de résident en Espagne se vérifie au regard de deux référentiels distincts :
- Résidence fiscale au sens de la Ley General Tributaria : plus de 183 jours en Espagne dans l'année civile, ou centre d'intérêts économiques en Espagne, ou conjoint et enfants mineurs résidant en Espagne
- Résidence habituelle au sens du Règlement UE 650/2012 : appréciation globale du centre de vie (considérant 23) — souvent congruente avec la résidence fiscale, mais pas toujours identique
La résidence fiscale détermine où vous serez taxé sur vos revenus. La résidence habituelle détermine quelle loi successorale s'appliquera à votre succession. Les deux peuvent diverger.
Cas typique : un Français passe 200 jours par an en Espagne et 165 en France, où son conjoint vit toujours, où il a son médecin, où ses petits-enfants sont scolarisés. La résidence fiscale espagnole s'applique (>183 jours), mais la résidence habituelle au sens du règlement européen pourrait être contestée et faire pencher la succession vers la loi française.
Quelle loi s'applique à votre succession ? (UE 650/2012)
Règle par défaut : dernière résidence habituelle = Espagne
Sans démarche particulière de votre part, l'article 21 du Règlement UE 650/2012 fait régir l'ensemble de votre succession par la loi du pays de votre dernière résidence habituelle. Pour un Français installé en Espagne depuis plusieurs années avec son centre de vie là-bas, c'est la loi espagnole qui s'appliquera à toute votre succession — y compris pour les biens situés en France.
Conséquences concrètes :
- Le régime de la légitime espagnole (au minimum 2/3 du patrimoine pour les descendants) remplace la réserve héréditaire française
- Le droit des conjoints survivants suit les règles du Code civil espagnol et de la Communauté Autonome de résidence (les forais aragonais, navarrais, catalans, basques, baléares ont des règles spécifiques très différentes)
- L'ordre des héritiers ab intestat suit la loi espagnole
Pour beaucoup d'expatriés français, ces règles sont moins protectrices du conjoint survivant que la loi française.
L'option pour la loi française (professio juris)
L'article 22 du règlement vous permet d'opter explicitement pour la loi de votre nationalité — la loi française dans votre cas. Cette option doit :
- Être exprimée par écrit, dans un document à valeur testamentaire (testament olographe ou authentique)
- Être formulée de manière claire (mention recommandée : "Je désigne expressément la loi française comme loi applicable à l'ensemble de ma succession, conformément à l'article 22 du Règlement UE n° 650/2012")
- Couvrir l'ensemble de la succession (impossible de scinder partiellement)
Quand choisir la loi française est pertinent
Cette option est généralement recommandée si :
- Vous voulez préserver la réserve héréditaire française au profit de vos enfants
- Vous voulez offrir au conjoint survivant les protections du Code civil français (usufruit, quotité disponible spéciale entre époux)
- Vous avez des enfants d'unions différentes et voulez encadrer la transmission selon les règles françaises bien connues
- Vous voulez transmettre via une assurance-vie française dans son cadre fiscal et civil français
Elle est moins utile si :
- Vos héritiers sont espagnols et la légitime locale leur est plus avantageuse
- Vous avez établi votre patrimoine principal en Espagne et préférez la simplicité d'un seul système
À retenir : la professio juris ne change PAS la fiscalité — elle change uniquement le droit civil. La fiscalité reste régie par les règles fiscales de chaque État.
Faut-il un testament français, un testamento espagnol, ou les deux ?
La pratique notariale recommande dans la majorité des cas un testament dans chaque pays où vous avez des biens significatifs, à condition qu'ils soient :
- Cohérents entre eux (pas de dispositions contradictoires)
- Coordonnés par un notaire qui connaît les deux systèmes
- Réciproquement référencés (le testament français mentionne l'existence du testamento espagnol, et inversement)
Avantages d'un testamento espagnol enregistré au Registro General de Actos de Última Voluntad (Madrid) :
- Reconnaissance immédiate par les notaires espagnols
- Procédure de succession en Espagne accélérée (gain de 2 à 4 mois)
- Force probante locale plus forte qu'un testament étranger devant traduire et apostiller
Coût typique : 60 à 200 € chez un notaire espagnol pour un testamento abierto.
Convention fiscale France-Espagne — ce qu'elle prévoit (et ce qu'elle ne prévoit PAS)
C'est le point critique le plus mal compris.
L'absence de convention fiscale dédiée aux successions
La France et l'Espagne ont signé en 1995 une convention fiscale, mais elle ne couvre que l'impôt sur le revenu et l'impôt sur la fortune. Il n'existe AUCUNE convention bilatérale spécifique pour les droits de succession entre la France et l'Espagne.
Conséquence directe : en cas de décès d'un Français résident en Espagne avec des biens dans les deux pays, les deux administrations peuvent imposer simultanément la même succession sur les biens concernés.
Risque de double imposition
Le mécanisme de crédit d'impôt unilatéral existe dans les deux pays :
- Côté français : article 784 A du CGI permet d'imputer les droits payés à l'étranger sur des biens à l'étranger
- Côté espagnol : la Ley del Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones article 23 prévoit un crédit similaire
Mais ces crédits sont plafonnés et ne couvrent pas tous les cas de figure. Le risque concret de double imposition réel existe :
- Sur les biens immobiliers situés en France hérités par un héritier résident en Espagne
- Sur certains placements financiers
- Sur les contrats d'assurance-vie selon leur structuration
Recommandation : tout patrimoine cross-border supérieur à 500 000 € doit faire l'objet d'une consultation fiscaliste cross-border (avocat fiscaliste France ou cabinet international type PwC, EY, ou cabinets spécialisés expats type Cuatrecasas, Garrigues).
Communauté autonome de résidence : Madrid vs Catalogne vs Andalucía
L'Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones est un impôt national mais délégué aux communautés autonomes, ce qui crée des écarts massifs sur le territoire espagnol.
| Communauté autonome | Régime parents → enfants | Notes |
|---|---|---|
| Madrid | Abattement 99 % | Quasi-exonération en pratique |
| Andalucía | Abattement 99 % depuis 2022 | Idem |
| Catalogne | Barème progressif 7-32 % avec abattements significatifs | Variable selon âge et lien |
| Comunidad Valenciana | Barème + déductions limitées | Plus lourd que Madrid |
| Baleares | Réformes récentes favorables | Évolution rapide ces dernières années |
| Aragón | Foral — règles spécifiques | Légitime aragonaise différente |
Si vous êtes français installé à Madrid avec des enfants à Madrid, la fiscalité espagnole sera quasi nulle. Si vous êtes à Valencia avec des enfants à Valencia, l'addition peut être lourde. Le choix de la communauté autonome de résidence a un impact successoral direct.
Cas pratique : Pierre, retraité à Marbella, deux enfants en France
Pierre, 68 ans, ancien cadre, retraité à Marbella depuis 12 ans avec son épouse. Patrimoine :
- Résidence principale à Marbella (estimée 650 000 €)
- Appartement à Lyon conservé après le départ (loué, valeur 320 000 €)
- Assurance-vie française (180 000 €, bénéficiaires : épouse et enfants)
- Comptes bancaires français + espagnols
- Portefeuille crypto (45 000 € sur Ledger + Binance)
Deux enfants : une fille à Lyon, un fils à Berlin.
Sans planification :
- Loi applicable : espagnole (résidence habituelle Marbella)
- Régime andalou (abattement 99 %) : enfants peu taxés en Espagne
- France taxe l'appartement de Lyon (situé en France) selon CGI 750 ter
- Pas de double imposition sur l'appartement de Lyon (uniquement taxé en France)
- Risque double imposition sur les comptes bancaires français et l'assurance-vie
Avec planification (recommandation) :
- Professio juris pour la loi française dans testament authentique français → préserve réserve héréditaire enfants et protection conjointe française
- Testamento espagnol coordonné enregistré au Registro de Actos de Última Voluntad
- Désignation explicite des bénéficiaires de l'assurance-vie en cohérence
- Centralisation des contacts (notaires des deux pays, banque, fiscaliste, gestionnaire crypto) dans Sucesio
- Liste claire d'instructions pour épouse et enfants : qui contacter en premier, où sont les documents, comment accéder aux crypto
Résultat : succession qui se règle en 8-10 mois au lieu de 18-24, avec une fiscalité optimisée et zéro improvisation des héritiers.
Comment Sucesio complète testament français + testamento espagnol
Vos deux testaments règlent qui hérite et selon quelles règles. Ils ne règlent ni :
- Qui vos héritiers doivent contacter en premier (notaire FR ? notaire ES ? avocat ?)
- Où se trouvent les comptes, contrats, titres
- Comment accéder aux comptes en ligne, aux exchanges crypto, aux fichiers numériques
- Quels messages personnels vous voulez transmettre
Sucesio est conçu pour cette couche opérationnelle. Coffre chiffré AES-256, hébergé en Europe, conforme RGPD. Activation après vérification officielle du décès, via protocole en plusieurs étapes (check-ins de vie + contact de confiance). Vos héritiers reçoivent un accès structuré à toutes les informations utiles, organisées par catégorie, sans jamais que Sucesio stocke vos mots de passe ou seed phrases en clair.
Voir comment Sucesio sécurise votre succession franco-espagnole → https://sucesio.io
FAQ — Français expatrié en Espagne et succession
Q : Mon testament français est-il valable en Espagne ? R : Oui, dans son existence et sa forme, à condition d'être traduit et apostillé. Mais c'est la loi applicable au contenu (française ou espagnole) qui détermine sa validité substantielle. Un testamento espagnol coordonné accélère considérablement la procédure.
Q : Si je fais une professio juris pour la loi française, mes biens en Espagne seront-ils encore taxés en Espagne ? R : Oui. La professio juris change uniquement la loi civile, pas la loi fiscale. Vos biens espagnols restent imposés en Espagne selon le régime de votre communauté autonome.
Q : Mes enfants en France paieront-ils des droits en France ET en Espagne sur mon héritage ? R : Cela dépend de la nature et de la localisation des biens. Les biens espagnols hérités par un résident français : France taxe (résidence du défunt en Espagne — la France peut taxer si l'héritier est résident français depuis 6/10 ans), Espagne taxe (situs des biens). Vérifier au cas par cas avec un fiscaliste cross-border.
Q : Peut-on perdre la nationalité française en s'installant en Espagne ? R : Non. Vivre en Espagne ne fait pas perdre la nationalité française, sauf demande explicite. Vous gardez la possibilité d'invoquer la professio juris pour la loi française tant que vous êtes Français.
Q : Comment Sucesio gère-t-il la double juridiction concrètement ? R : Sucesio centralise les contacts professionnels des deux pays (notaire FR, notaire ES, avocat fiscaliste, banques) avec instructions claires sur l'ordre des démarches. À l'activation, vos héritiers reçoivent un dossier structuré qui leur évite de chercher dans le vide pendant des mois.
Q : Faut-il déclarer Sucesio à l'administration fiscale ? R : Non. Sucesio est un outil de coordination opérationnelle, pas un véhicule patrimonial. Il ne crée aucune obligation déclarative.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. La planification successorale franco-espagnole nécessite l'intervention de professionnels qualifiés (notaire FR, notario ES, avocat fiscaliste cross-border). Sucesio.io complète cette planification sans la remplacer.
Sources et références :
- Règlement (UE) n° 650/2012 — articles 21 et 22 — eur-lex.europa.eu
- Convention fiscale France-Espagne du 10 octobre 1995 (impôt sur le revenu)
- Code général des impôts français, article 784 A
- Ley 29/1987 del Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones (Espagne)
- Registro General de Actos de Última Voluntad (Espagne)
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