Droits du conjoint survivant en Espagne : le guide de l'expatrié

En bref : En droit espagnol, le conjoint survivant n'hérite pas automatiquement de tout. La loi successorale espagnole réserve une partie de la succession aux enfants, et le conjoint reçoit généralement un usufruit — le droit d'usage et de jouissance des biens — plutôt que la pleine propriété. Pour les couples d'expatriés en Espagne, les règles varient en fonction du lieu de résidence, de la nationalité et de l'existence d'un testament.


L'idée reçue qui surprend les expatriés

Beaucoup de couples d'expatriés en Espagne pensent que si l'un d'eux décède, l'autre hérite automatiquement de tout — comme ce serait le cas au Royaume-Uni, en Australie ou aux États-Unis. En Espagne, cette idée est fausse.

Le droit successoral espagnol est fondé sur le concept de réserve héréditaire (legítima). Une part importante de toute succession est légalement réservée aux descendants directs — enfants et petits-enfants — quelle que soit la volonté testamentaire. Le conjoint survivant a également des droits protégés, mais ils sont plus limités que la plupart des expatriés ne le supposent.


Ce que le conjoint survivant hérite en droit espagnol commun

L'usufruit (situation par défaut)

En droit commun espagnol, le conjoint survivant a le droit d'usufruit sur le tercio de mejora — un tiers de la succession. Cela signifie qu'il peut utiliser et bénéficier de ces actifs (vivre dans le bien, percevoir les loyers) mais n'en est pas propriétaire. La propriété revient aux enfants.

La légitima (parts réservées)

Le droit espagnol divise la succession en trois tiers égaux :

Tiers Bénéficiaire
Tercio de legítima estricta Doit revenir aux descendants directs — ne peut pas être modifié par testament
Tercio de mejora Doit revenir aux descendants directs (le défunt choisit lesquels)
Tercio de libre disposición Peut être laissé à n'importe qui — y compris le conjoint survivant

Avec ou sans testament

Avec un testament, le défunt peut maximiser la position du conjoint survivant — dans les limites de la legítima. La stratégie la plus courante :

Sans testament, les règles d'intestat s'appliquent. En l'absence de testament, le conjoint ne reçoit qu'un usufruit sur un tiers de la succession si des enfants existent — pas la propriété.


Le rôle du Règlement UE 650/2012

Pour les expatriés en Espagne, la loi applicable — et donc les droits du conjoint survivant — dépend des règles de Bruxelles IV.

Règle par défaut : la loi de la résidence habituelle au décès s'applique. Pour un expatrié résidant en Espagne depuis plusieurs années, cela signifie le droit espagnol — y compris la legítima.

Choix de loi : un ressortissant de l'UE peut choisir la loi de sa nationalité. Pour un ressortissant britannique, cela peut signifier le droit anglais — qui ne prévoit pas de réserve héréditaire pour les adultes, offrant une plus grande liberté au profit du conjoint survivant.


Partenaires non mariés : un avertissement essentiel

Le droit espagnol commun traite très différemment les époux mariés et les partenaires non mariés. En l'absence de testament, un partenaire non marié — quelle que soit la durée de la relation — n'a aucun droit successoral automatique en Espagne. Sans testament, tout revient aux enfants, aux parents ou aux autres proches avant que le partenaire ne reçoive quoi que ce soit.

Certaines communautés autonomes (Catalogne, Aragon, Navarre) reconnaissent les parejas de hecho avec des droits successoraux similaires aux époux. Mais dans la plupart de l'Espagne — y compris Madrid et l'Andalousie — le testament est indispensable pour les partenaires non mariés.


Questions fréquentes

Le conjoint survivant hérite-t-il automatiquement de la maison familiale en Espagne ? Non en droit commun espagnol. S'il y a des enfants, le conjoint survivant reçoit généralement l'usufruit — le droit d'habiter et d'utiliser le bien — tandis que les enfants reçoivent la propriété légale. Un testament bien rédigé peut maximiser les droits du conjoint, mais ne peut pas supprimer la légitima des enfants.

Les enfants peuvent-ils forcer le conjoint survivant à quitter la maison familiale en Espagne ? En principe non, tant que l'usufruit du conjoint survivant existe. Mais à la mort du conjoint survivant, l'usufruit prend fin et les enfants obtiennent le plein contrôle. Les relations entre le conjoint survivant et les enfants — surtout d'une relation précédente — peuvent devenir complexes. Un testament explicite est essentiel.

Mon partenaire et moi ne sommes pas mariés. Hérite-t-il de quelque chose en Espagne ? En droit commun espagnol, un partenaire non marié n'a aucun droit successoral automatique. Sans testament, la succession passe aux enfants, aux parents et aux autres proches avant que le partenaire reçoive quoi que ce soit. Le testament est indispensable.

Mon conjoint et moi sommes tous les deux britanniques. Le droit espagnol s'applique-t-il quand même ? Si vous résidez tous les deux habituellement en Espagne et n'avez pas exercé de choix de loi, le droit successoral espagnol s'applique. Pour appliquer le droit anglais à la place, vous devez inclure une clause de choix de loi dans votre testament.


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Cet article est fourni à titre d'information générale uniquement et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Consultez toujours un notaire ou un juriste qualifié pour votre situation spécifique.